En guise d'introduction
Le jugement est quasi unanime, porté par nos proches nouvellement passés à l'âge adulte, enfants, petits-enfants, nièces ou neveux: l'incurie des boomers, coupables après avoir joui sans entrave, de laisser derrière eux un monde sans avenir Marion Messina, Marianne, 6 janvier 2023. Certes, après les carnages des guerres napoléoniennes, de 1870, 1914-1918 et 1939-1945, les boomers constituent la première génération à n'avoir pas connu la guerre directement sur son territoire. Mais le reste du constat mériterait d'être plus nuancé.
Difficile toutefois de questionner les convictions d'une personne que l'on aime et que l'on respecte ou d'infléchir la radicalité de ses jugements de jeune adulte. Tentons à tout le moins de mettre à sa disposition des faits qu'elle semblerait méconnaître.
Tout d'abord qu'entend-on par “boomers”?
Statistiquement les “boomers” représentent la part de la population née en Occident entre 1945 et 1960. -Certaines statistiques présentent un panel de personnes nées entre 1947 et 1964 ou 65-. Il s'agit donc de personnes qui avaient vingt ans grosso modo entre le milieu des années soixante et le milieu des années quatre-vingts: les plus âgées ont joué un rôle de premier plan en 1968, à l'instar de Daniel Cohn-Bendit qui avait alors 23 ans, aux côtés de leurs aînés, Alain Geismar (né en 1939), Alain Krivine (né en 1941) ou Jacques Sauvageot (né en 1943).
Jouir sans entrave : les années soixante-dix
Influencée par le cinéma de la nouvelle vague – Jean-Luc Godard (1930-2022), François Truffaut (1932-1984)...–, par les figures de la Beat Generation popularisées par le roman On the Road de Jack Kerouak (1957), la décennie 1970, a vu l'éclosion d'un contre-modèle de société, héritier des événements de 1968. La rapide diffusion de la pilule contraceptive autorisait le renversement des codes sociaux (et notamment avec la pratique de l'amour libre, la redécouverte des sagesses orientales et la création de communautés de vie pensées comme des alternatives à l'institution du mariage. Mais cet élan sociétal se heurtera simultanément à une réalité économique implacable. Le premier choc pétrolier de 1973 entraînera dans son sillage la fin des trente glorieuses, cette prospérité industrielle de l'Occident qui s'appuyait sur de l'énergie bon marché : chômage, précarité, déclassement constitueront le socle d'un discours qui ne cessera de s'amplifier, à la recherche d'un paradis perdu.
Les années quatre-vingts: les années Mitterrand.
L'élection de François Mitterrand en 1981 suscite un formidable enthousiasme. Elle ouvre les portes du pouvoir à l'Union de la Gauche qui commence à mettre en oeuvre ses 110 propositions pour la France dont l'essentiel est réalisé sur les premières années de son mandat (Le Dauphiné 10 mai 2021) : abolition de la peine de mort, en dépit de l'hostilité alors majoritaire dans l'opinion française (1981), reconnaissance des droits des homosexuels, nationalisation de quarante banques et d’une trentaine d’entreprises, semaine de travail de 39 heures cinquième semaine de congés payés (1982), abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans (1983).
Ici encore, la hausse du chômage (de 5,1% de la population 1980 à 7,9% 1985) source Insee 2016, et les trois dévaluations successives du Franc en octobre 1981, juin 1982 et mars 1983 obligeront le gouvernement à changer de politique et engager le “tournant de la rigueur” sous la houlette de Jacques Delors. Alors que le chômage et l'exclusion gagnent toutes les catégories de la population, l'humoriste et comédien Michel Colucci crée les Restaurants du Cœur, plus connus sous le nom de Les Restos du Cœur.
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