3 pistes pour financer le déficit public: la suite

(mise à jour du 3 mars 2026) Alors c'est quoi cette quatrième piste proposée dans le post précédent?

Elle repose sur un constat et un pari. Le constat est celui-ci: la croissance des recettes publiques dépend fortement de celle du Produit intérieur brut (PIB), c'est à dire grosso modo de l'augmentation de la richesse produite par les habitants d'un pays pendant une année. C'est le principe du mécanisme dit “d'élasticité des dépenses publiques” qui est assez intuitif: plus un pays s'enrichit, plus les agents économiques (industries, ménages,..) payent des impôts et taxes associés à l'augmentation de leurs activités et de leur consommation. Le pari, c'est celui-là : quelques dépenses publiques supplémentaires bien ciblées devraient permettre de stimuler la croissance, donc d'augmenter le PIB. Autrement dit : si l'Etat dépense un peu plus, il stimule l'activité des agents économiques, ce qui lui permettra d'encaisser plus de recettes. On résume parfois ce pari d'augmenter les recettes budgétaires par une augmentation des dépenses de l'Etat censée stimuler l'activité économique et donc la croissance du PIB, sous l'expression de politique keynesienne.

Autre élément important. Dans nos démocraties occidentales encore correctement régulées par les contre-pouvoirs (à l'inverse des kleptocraties dont la richesse économique est confisquée par une poignée de dirigeants s'étant débarrassés des contre-pouvoirs), la richesse produite à l'intérieur d'un pays est à la disposition de ses acteurs économiques, population et entreprises en particulier. Plus elle augmente, plus la richesse moyenne des personnes vivant dans le pays augmente: c'est ce qu'on appelle le PIB par habitant. Se pose alors la question clé en social-démocratie d'une répartition équitable au sein de la population des fruits de cette croissance: c'est cette réflexion qui a permis aux pays européens de développer un État protecteur (l'Etat “Providence”) financé grâce à la croissance rapide qu'ils ont connue après la 2ème guerre mondiale.

Or si le pari Keynesien continue de fonctionner pour financer une forme de rattrapage économique dans les pays à revenu intermédiaire, il est franchement hasardeux lorsque les dépenses supplémentaires de l'Etat, n'entrainent pas un surcroît d'activité et donc de recettes pour l'Etat, comme le présentait déjà un article de 2003 s'appuyant sur des conclusions du FMI.. Nous l'avons appris à nos dépens, avec une dette qui s'est irrémédiablement creusée entre 2018 et 2022, comme l'expliquait le 9 sept 2024 le ministre démissionnaire des Finances Bruno Lemaire devant la commission d'Enquête de l'Assemblée nationale. En particulier la crise autour du COVID-19 a entraîné une baisse du PIB 7,5 %, et sa gestion a entraîné une augmentation de 12 points de la dette publique. A titre de comparaison la crise financière de 2008-2011 avait conduit à une baisse du PIB de 2,9 % seulement et conduit à une augmentation de la dette de 25 points, celle-ci passant de 65 % du PIB en 2008 à 90 % à la fin de 2011. Sans oublier le bouclier tarifaire sur le gaz et l’électricité décidé au lendemain de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, qui a permis d'éviter les 15 % ou 20 % d'augmentation des prix constatés chez nos voisins européens, mais à un coût de 55 milliards d’euros. Un dispositif complété par une Loi pouvoir d’achat, adoptée en août 2022 au coût de 20 milliards d'Euros.

En outre, les effets de la croissance sur la pollution, et les émissions de gaz à effet de serre ont été trop longtemps ignorés. Pour autant, promouvoir son contraire sous la forme d'une décroissance est tout aussi pernicieux. Comment en effet financer les besoins d'une population qui augmenterait plus vite que la croissance économique? Car si notre richesse globale augmente peu ou même décroît, comment pouvons-nous alors concilier diminution de la richesse nationale et financement des nécessaires investissements pour favoriser la transition de nos économies avec une répartition plus juste des efforts au nom d'une écologie sociale?

Un article d'Ouest France du 2 mars 2026 précise que Le PIB par habitant de la France est désormais sous la moyenne européenne. Globalement donc, les Français sont désormais moins riches que la moyenne des européens. Ça n'est pas une bonne nouvelle: ça veut dire plus de demande en dépenses sociales et moins de ressources pour les financer. L'article tente d'analyser les causes spécifiques de ce décrochage français: une moindre productivité, l'effet de rattrapage des économies de l'ancien bloc soviétique entrées dans l'Union Européenne il y un peu plus de vingt ans, les statistiques de quelques pays dopées par leurs activités financières pour attirer les sièges sociaux de grandes entreprises.. On pourrait ajouter une démographie encore relativement plus dynamique en France que dans un bon nombre d'autres pays d'Europe, malgré un début de retournement. Une bonne nouvelle que cette tendance à la décroissance de la population? Statistiquement, oui elle relèvera le dénominateur du calcul du PIB par habitant. Ce qui signifiera une population globalement plus riche, mais vieillissante, donc faiblement encline à porter une vision d'avenir pour répondre aux défis que nous rencontrons. Alors une bonne nouvelle? pas vraiment, au contraire.

Aucune politique publique n'est donc totalement idéale, faite de savants dosages pour maximiser les effets positifs tout en minimisant les effets négatifs. Un message toutefois difficile d'entendre, nous qui souhaiterions accorder toute confiance aux promoteurs de solutions simples nous affranchissant de toute responsabilité collective. Un message qui préfigure le rapport de force inégal entre des populismes annonçant des lendemains qui chantent alors que nos démocraties ne peuvent promettre que du sang et des larmes.

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