Prodrome – 4
Comment devient-on tueur en série
Un mardi comme les autres
Parfois je fais du judo, parfois non. Dans ce cas je prends mon ordinateur, me cale contre le mur et me coupe du monde. Parfois ça marche. Parfois non. J'ai un trouble de l'attention.
7 secondes. Je suis un poisson rouge.
Y-a-t-il une corrélation entre la capacité du poisson de fixer son attention et sa couleur ? Pendant combien de temps une sole peut-elle le faire ?
C'était un jour sans.
Il faisait moite, la moiteur ça me déconcentre. Ou plutôt déplace mon attention. Ce n'est pas ma faute. Je suis un poisson rouge. Je suis le vicomte de Valmont.
A ma droite deux pères discutent :
— Tu lis quoi ? — Zola, Germinal. — Ah ouais... — Ce qui est effrayant c'est que rien n'a changé depuis lui. C'est toujours le même modèle : l'exploitation des masses par une minorité. — Les jeunes ne lisent plus. — Oui c'est dommage. Ils ne savent plus écrire sans fautes. — Les réseaux sociaux leur atomisent le cerveau. — Ouais, de notre temps on n'avait pas tout ça, on sortait, on jouait au foot...
L'un d'eux est professeur de langue. L'autre est boucher. Le professeur emballe le boucher, le boucher découpe le professeur.
Le cours est terminé, j'attends que mon fils sorte du vestiaire.
En ce moment je lis La mort est mon métier. Je dois racheter des gants de vaisselle.
Mon fils me rejoint. Je les salue. Nous sortons. J'envoie un sms à mon épouse : “Chemin”.
#EcritureBrute #MicroFiction #Blog #Prose #Prodrome #NaturalBornKiller #Fragment #Fediverse #SmallWeb