Le souper est fini. La table débarrassée. Ma femme se prépare pour sa séance de sport. Training et baskets. Je me prépare pour la vaisselle. Eau chaude et gants jaunes.
— Quand tu auras deux minutes, tu descendras les linges à repasser ?
C'est une question rhétorique. J'aurai le temps. TINA comme ils disent. Je termine la vaisselle. Je monte en pensant à Sisyphe qui descend. Je nous imagine dans l'escalier central du château de Chambord. Il descend, je monte. Nous ne nous croisons pas mais sommes également libres.
Je descends les bras chargés des linges. Je les dépose sur la table. Je descends à la cave. Si ça se trouve Sisyphe remonte sa pierre. Et s'il était aussi libre en la montant ? Les Dieux l'auraient mauvaise. Cette perspective m'enchante. Je ne crois pas en Dieu. Peut-être y ai-je cru. Mais il est mort maintenant. Après ? C'est le néant. TINA. Je décide qu'il l'est. Libre. Comme moi qui décide de boire une canette de Coca.
Il paraît qu'une canette de coca c'est huit minutes de vie.
La liberté a un prix.
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Hier au souper — au dîner — l'aîné annonce qu'il va faire une demi sèche. Je décroche. Le brouhaha devient un souffle. Je glisse. Je prends une bouchée. Je reviens. La sauce est bonne, pas trop grasse mais gourmande.
Sauce, beurre. Demi-sèche, demi-sel. Hello !
Je suis là et ici. En même temps. Là je bavarde, mange et gronde le chat, ici je me souviens que Houellebecq m'a donné du mal. Comme Camus. Mais Albert est mort. On ne dit pas du mal des morts. Alors c'est lui qui prend. Ce n'est pas moi c'est le chat. Miam.
Là : il va moins manger, c'est tout bon pour le portefeuille ça. C'est un morfal. Ici : pourquoi une demi-sèche ? Enfin c'est son choix. Il est grand, il est libre. Comme Sisyphe. Et Prométhée ? Je l'ignore. Faudrait voir.
La peste ? C'est Dieu — et Camus. L'homme ? C'est Dieu. Hitler ? C'est... La Fontaine — La raison du plus fort est toujours la meilleure. Girard en chantre de la mauvaise foi. La Fontaine en bouclier de Dieu. Hitler en chancre de La Fontaine. Dieu dédouané. C'est ça le libre-arbitre.
Là : je débarrasse la table, fais la vaisselle, prépare le thé du soir, m'installe près de ma femme. On va se faire une niaiserie. Ou faire les charognards.
Ici : je m'allume une clope, light. Demi-cancer.
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Je suis tombé sur La Chute. Cent-cinquante pages, deux centimètres d'épaisseur. Maximum. Pas de quoi affoler mon oreille interne.
J'ai ramassé La Chute qui de ce fait a arrêté de tomber. J'en ai repris la lecture — c'est la troisième fois. Il m'a fallu trois essais pour arrêter de fumer. Donc cette fois est peut-être la bonne. Ne suis-je pas venu à bout du Nom de la rose ? — La Chute est retombée. Dans l'oubli ? Je suis tombé sur La Chute.
C'est toujours dès potron-minet et dans une glace embuée que je me vois auteur reconnu et courtisé. Je suis pas objectif avant mon premier café. Verdict vespéral : dix pages et c'est l'indigestion. Camus n'est pas ma came. Tant pis. J'ai mon chat. Mais il ne peut venir dans le lit avec nous. Le mariage a ses revers.
Je tourne les pages. Ma lecture devient imprécise. Clamence m'emmerde. Mais il faut que je tienne jusqu'à la question libératrice, celle qui flattera mon ego, flatterie transformée en sourire par mon surmoi. “Ah ça ? La Chute d'Albert Camus”. Celle qui fera de moi un stéréotype sur pattes.
Je vous l'ai déjà dit que j'étais rebelle, non ? Je suis peut-être même le rebelle le plus authentique que vous rencontrez dans toute votre vie. Pensez ! Un gars qui lit Camus et qui n'aime pas les sushis ! Comment ? Mais bien sûr que si ! J'ai fini l'Etranger et La Peste est en cours. J'ai compris le tiraillement moral des Justes. Je ne veux pas être un Juste car je ne veux pas être injuste, je veux juste être. Avant de ne plus être. Je sais que ça arrivera. J'ai fait des études.
The Cure a chanté Camus. Un carton qui en chante un autre.
Mais il est temps. Et même si je me sens bien céans, il me faut remonter la colline avec ma pierre. Je me rhabille, tire la chasse et ferme la porte. Clac.
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