Trois minutes avant l'heure
Il pleut. Je ne dors pas. J'écoute le bruit des gouttes. Que le vent sifflât, qu'une porte grinçât, que le tonnerre grondât... Je ne vais pas passer en revue tout le Bescherelle. Il eût suffi qu'au moins un des éléments précités accompagnât le bruit de la pluie et vous eussiez pu vous croire dans... de série A, B ou Z.
Je repense au dernier repas. Dos de cabillaud. Pas un cheese burger. J'aurais aimé. Avec une bière. Je suis un homme marié. Elle voulait du poisson. Nous avons voté. 4 voix pour le cheese, une pour le poisson. La démocratie a parlé.
Dos de cabillaud royal. Précision cosmétique. Cosmétique, baleine. Baleine, graisse. Graisse, rouge à lèvre. Baleine, rouge à lèvre. C'en est assez de massacrer les cétacés pour se peinturlurer.
Je compte les gouttes. Pour ne pas faire comme tout le monde. J'en compte une sur deux, une sur quatre, une sur... drip, drip, drip. The Cure. La cuisine, l'évier. L'évier de la cuisine.
Je dérape, patine, me reprends.
Il pleut. Encore. Je suis devant ma machine à café. Il y a peu je me suis converti à la cafetière italienne. La machine ne me fait plus de café, elle en fait pour qui boit du décaféiné. Rien ne change et tout change. Du décaféiné. Dieu m'en préserve. Le réveil sonne. Reprise du contrôle.
Il est l'heure moins trois minutes. Mon corps refuse de bouger – avant l'heure ce n'est pas l'heure – alors que mon cerveau fait le café. Le corps a ses raisons que la raison ne connaît point.
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